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LA COMMOTION CEREBRALE : UNE AMNESIE A NE PAS OUBLIER !

7 mars 2011

En plein action, vous prenez un coup sur la tête. Vous êtes « sonné » quelques secondes. Vous pensez pouvoir continuer puisque vous n’avez pas perdu connaissance. Erreur ! Le Docteur CHERMANN, neurologue du sport, nous explique les dangers de la commotion cérébrale.

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport


En mars 2005, Christophe DOMINICI, le célèbre rugbyman, joue contre l’Italie dans le tournoi de Six Nations. A la 37èmeminutes, il est cravaté par un adversaire et sa tête bascule violemment : commotion cérébrale et perte de connaissance. La docteur CHERMANN assure le suivi neurologique du joueur. Malgré la pression, il annoncera en conférence de presse son inaptitude à jouer le prochain match avec le stade français en coupe d’Europe prévu deux semaines plus tard. Souvenez-vous aussi de Chris WADDLE, un autre traumatisé crânien célèbre. En 1991, lors d’une rencontre OM contre MILAN AC, il est victime d’un méchant coup de coude sur la tête. Il ne s’évanouit pas mais finit la compétition complètement dans le brouillard. Comme un « automate », presque par hasard, il marque le but de la victoire ! De retour dans le vestiaire, il vomit et somnole. Il doit être hospitalisé et ne souviendra jamais de son match !

Il faut reconnaître la commotion !

Les commotions sont fréquentes en sport collectif et même à ski où elle représente 16% des traumatismes répertoriés. Si un de vos co-équipiers, un de vos enfants ou un des sportifs que vous encadrez subit une commotion, il doit impérativement stopper la séance ! Classiquement le blessé reçoit un choc sur le crâne. Ce peut-être aussi un traumatisme cervical responsable d’une violente oscillation de la tête. Dans ces circonstances, le cerveau est emporté par l’inertie et vient taper l’intérieur de la boîte crânienne.  Dans 10% de ces accidents, la victime perd connaissance mais dans l’immense majorité des cas, il garde une conscience partielle. En revanche, il est « sonné » ! Il titube et son équilibre est précaire. Abordez-le et demandez-lui : « Où sommes-nous ? Qui est notre adversaire ? Quel est le score ? » Il ne parvient pas répondre ! Il présente une « amnésie pré traumatique ». Souvent, c’est lui qui pose ces questions … toutes les 3 minutes … car il est incapable de mémoriser les réponses : il souffre aussi d’ «amnésie post-traumatique». Si vous n’y prenez pas garde, son comportement est trompeur : il a gardé ses réflexes de joueur. Les gestes automatiques sont normalement programmés, on dit qu’il a conservé sa «mémoire procédurale»  dont les réseaux de connections semblent protégées au centre du cerveau. A y regarder de plus près, sa personnalité semble modifiée. De temps à autre,  il est agressif et ordurier ! Parfois, il est étonnamment triste et fond en larmes ! Surtout, son jeu manque de pertinence ! Logique, il n’enclenche que des comportements rabâchés sans les adapter aux informations recueillies sur le terrain … puisqu’il les a déjà oubliées ! Si WADLE  a marqué de façon réflexe, nombreux sont les joueurs commotionnés qui rejoignent le banc de touche … car aujourd’hui, selon l’entraîneur, ils sont mauvais et manquent de lucidité !

Que s’est-il passé dans le cerveau ?

A l’œil nu : rien à signaler ! On est loin de l’hématome tant redouté après perte de connaissance, celui qui écrase le cerveau et provoque le décès de la victime. Même à l’IRM (imagerie par résonnance magnétique) conventionnelle, on ne décèle rien ! Plus qu’une lésion du tissu nerveux, il s’agit plus d’une altération de son fonctionnement. A l’occasion de la commotion, la transmission des informations entre les neurones est déréglée par perturbation de la sécrétion des messagers chimiques. Des substances inflammatoires sont déversées et le cerveau gonfle légèrement. La pression dans la boîte crânienne augmente un peu, voilà qui suffit pour provoquer maux de tête, nausées et somnolence. Les « IRM fonctionnelles » utilisées exclusivement en recherche  montrent que, pour résoudre un problème, le cerveau utilise plus les zones « automatiques» que les secteurs de «réflexion». Les enregistrements de l’activité électrique de l’encéphale montrent la diminution de certains types de courants qui réapparaissent quand les symptômes s’estompent.

Quels sont les risques ?

Le jour du traumatisme et tant que les symptômes n’ont pas disparu, il faut redouter le «syndrome du second impact». Pour cause d’altération de la psychomotricité, ce deuxième choc a de grande chance de survenir si l’activité sportive n’est pas suspendue ! Il se révèle plus grave, il provoque une flambée des processus inflammatoires et un gonflement majeur du cerveau. Chez le jeune de moins de 20 ans, il engendre parfois une compression de la base du cerveau. Cette zone supervise les fonctions vitales comme la respiration et les battements cardiaques. De fait, comme un hématome, ce gros œdème est parfois responsable  du décès du blessé ! Plus tard, l’accumulation des chocs peut  engendrer des «démences». On parle d’ «encéphalopathie post traumatique». Typiquement, il s’agit d’un mélange de maladie d’Alzheimer et de Parkinson. La victime la plus célèbre est Mohamed Ali mais on trouve un grand nombre de malades parmi les boxeurs, les hockeyeurs et les footballeurs américains. Tout se passe, comme si la répétition des inflammations enclenchait un processus dégénératif. Des amas de protéines s’accumulent et écrasent les filaments rejoignant les neurones. Les symptômes apparaissent souvent précocement, à partir de 45 ans. Ce sont des troubles de la mémoire, de l’humeur et du comportement. Beaucoup de faits divers relatent l’érosion de la vie professionnelle, sociale et familiale d’anciens boxeurs devenus agressifs et violents.

Comment soigner ? Quand reprendre le sport ?

Après une commotion le repos sportif et intellectuel est obligatoire ! Le blessé doit quitter le terrain et un suivi médical s’impose. Classiquement, la reprise de l’entraînement se fait par étape, chacune d’elle dure au moins 24 heures. Dès que les symptômes ont disparu dans la vie quotidienne, on essaye le vélo de salle en aisance respiratoire puis le footing puis un travail technique léger sans contact puis reprise de l’entraînement collectif. Si une gêne réapparait à l’un des stades, il faut retourner au précédent. Classiquement, cette évaluation se fait en l’absence de médicament. Parfois, le neurologue prescrit des anti-inflammatoires efficaces sur les maux de tête et l’irritation du cerveau. Les antidouleurs traditionnels et les somnifères sont déconseillés. En cas de commotion sévère, cette évolution naturelle dure environ 3 semaines. C’est le temps que vous consacrez à la guérison d’une entorse de cheville. C’est finalement assez peu pour garder un cerveau en bon état !

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IL FAUT CONSULTER UN MÉDECIN !

Allez aux urgences, en cas de perte de connaissance ! Appelez les pompiers, si après son réveil, la victime vomit ou somnole. C’est peut-être un hématome intracrânien qui grossit ! Il peut écraser le cerveau !

En cas de commotion sans perte de connaissance, faites surveiller le blessé par votre  médecin ou mieux par un neurologue. Si les maux de tête, les nausées, la fatigue, les troubles de concentration, de l’humeur ou de la coordination s’apaisent en moins d’une semaine, il s’agit d’une commotion légère.

Si les souvenirs ne se fixent toujours pas après 24 heures, si les symptômes s’intensifient à chaque tentative d’activité physique légère, s’ils persistent plus de 7 jours, on est face à une commotion sévère, le patient doit impérativement être suivi par un neurologue sensibilisé à la commotion cérébrale du sportif.

Après toute commotion, il est préférable qu’un neurologue connaissant le sport puisse donner son autorisation avant la reprise d’activités traumatisantes.

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