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QUEL SPORT CONTRE LE CANCER ?

5 juillet 2011

L’exercice physique participe efficacement à la prévention des cancers. C’est démontré ! Mais comment ça marche ? Tentons d’en déduire le programme sportif anti-cancer !

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

Le cancer est responsable de 29 % des décès chez les hommes et de 23 % chez les femmes. La probabilité d’être atteint de cette maladie au cours de votre vie s’élève à 46 % si vous êtes un homme et 36 % si vous êtes une femme. Un cancer résulte de la multiplication anarchique et illimitée d’une cellule ayant perdu le contrôle de son développement. Certaines des «cellules filles» migrent à travers la circulation sanguine et lymphatique puis s’échouent dans bon nombre d’organe notamment le foie, les os, les poumons ou le cerveau.A leur tour, elles se multiplient et forment des métastases.  A l’emplacement initial comme à distance, ces tumeurs écrasent et détruisent les tissus voisins. Voilà qui explique toute la dangerosité du cancer ! L’emballement des divisions cellulaires provient d’une altération du programme génétique inscrit par des substances cancérigènes. Le sport pourrait influer sur bon nombres de ces étapes. Explications !

Reconnaissance et destruction des cellules cancéreuses

Dans un SANTESPORTMAG paru cet hiver vous avez appris que l’exercice physique correctement pratiqué stimule l’immunité. Au cours de l’effort, les globules blancs fixés sur la paroi des vaisseaux ou stockés dans les ganglions et la rate sont déversés dans la circulation. Cette réaction naturelle a probablement été sélectionné par l’évolution car  le chasseur préhistorique devait se prémunir des infections consécutives aux plaies provoquées par la fuite à travers un roncier ou par le coup de griffe d’un ours. Les globules blancs ont pour mission de reconnaitre et de détruire les intrus. Ils les dévorent, on parle de phagocytose. Ou bien, ils élaborent des anticorps. Ces missiles chimiques sont pourvus d’une tête chercheuse spécifique qui frappe précisément  la structure étrangère à l’organisme. Ces mécanismes de défense sont conçus pour nous protéger des microbes mais également des cellules cancéreuses dont les parois sont désormais méconnaissables. Vous comprenez pourquoi tout mécanisme boostant l’immunité participe à la prévention du cancer !

Lutte contre la corrosion responsable de cancer

Quand vous faites du sport, vous respirez à plein poumon. Il en est de même au cœur de vos cellules. La « chaîne respiratoire » décrit la succession de réaction chimique brûlant vos réserves énergétiques grâce à l’oxygène inspiré. De façon habituelle, des substances intermédiaires encore plus « oxydantes » que l’ «oxygène» s’échappent. On parle de « radicaux libres ». Ces derniers peuvent abîmer la cellule notamment son programme génétique inscrit dans l’ADN. Ces mutations  concernent parfois les gènes régulant la multiplication cellulaire, elles peuvent provoquer des cancers. Le corps du sportif  est confronté à ses agressions. Quand son programme est progressif et bien dosé, il produit de plus en plus de molécules « anti-oxydantes ». Il se protège d’autant mieux de la corrosion profonde et du cancer ! Ce mécanisme correspond au processus de «décompensation/surcompensation» qui régit bon nombre de réaction à l’entraînement ! Exemple : je vide mes réserves, j’en accumule encore plus ; je casse mes muscles, je les reconstruis plus fort !

Régulation de la croissance des tissus

L’insuline est une hormone produite par le pancréas. Elle manque au diabétique. Quand la concentration du  glucose dans le sang s’élève au-dessus de la normale, sa mission consiste à le faire rentrer dans nos cellules. Logiquement, ce messager chimique est libéré après les repas, quand les nutriments sont abondants. C’est le moment aussi de stimuler la croissance de tous les tissus. L’insuline est un puissant facteur de développement des organes, c’est sa deuxième fonction, moins connue mais tout aussi importante ! L’excès d’insuline et la cascade de facteurs de croissances tissulaires qui en résulte favorisent le développement des tumeurs !  Quand vous faites du sport, vous consommez vos réserves de sucres musculaires. Vos muscles, les plus gros consommateurs d’énergie de votre corps, sont affamés. Ils n’ont plus besoin que d’une toute petite quantité d’insuline pour faire passer le glucose à travers leurs membranes. Vous réduisez considérablement votre sécrétion de facteurs de croissance tissulaire, vous limitez le risque de développement tumoral !

Moins de graisse, moins de cancérigènes stockés

L’excès de graisse et le manque de muscle favorise la survenue des cancers. Deux explications sont probables. La première hypothèse dérive des explications du paragraphe précédent. Un corps en surcharge pondérale est saturé d’énergie. Sa masse musculaire de petit volume et peu active ne réclame pas beaucoup de sucre. Quand le glucose des aliments passe dans le sang, il faut beaucoup d’insuline pour permettre son entrée au sein des cellules repues. Cet « hyperinsulinisme » stimule la croissance de tous les tissus y compris des tumeurs ! Vive les sportifs minces et musclés ! De surcroît, la majorité des substances cancérigènes sont solubles dans les graisses et se stockent volontiers dans le tissu adipeux. Une grosse réserve de graisse, c’est une grosse réserve de substances cancérigènes ! Il est probable que d’importantes et fréquentes variations d’adiposité soient encore plus nuisibles qu’une surcharge pondérale stable. En effet, lors des phases de prise de poids et d’amincissement une quantité importante de lipides accompagnés de cancérigènes circulent dans le sang et voyagent à travers les organes ! Vive les sportifs toujours minces !

Équilibre au sein des hormones sexuelles

Les œstrogènes et la progestérone, les hormones sexuelles féminines, régulent la croissance des seins. Ces messagers sanguins sont produits par les ovaires mais aussi par le tissu adipeux des hanches. Un excès d’œstrogène et une surcharge pondérale favorisent la survenu de cancer du sein. La sportive mince limite les risques. Attention à ne pas basculer dans la maigreur. Le manque de réserve adipeuse allonge puis fait disparaître les cycles menstruels.  Tout se passe comme si un organisme manquant cruellement d’énergie ne pouvait initier une grossesse. Même si les analyses ne sont pas encore très claires, il est probable que le climat hormonal de cette « ménopause précoce » ne protège plus vraiment du cancer du sein.

Transit accéléré, moins de contact toxique

Bon nombre de cancérigènes proviennent de notre alimentation. Le contact prolongé de ces substances avec le tube digestif favorise la survenue de cancer notamment au niveau du côlon.  La course et les sauts provoquent des secousses.  Les mouvements du corps sont responsables de variations de pressions abdominales. Ainsi, le sport accélère souvent le transitintestinal. Voilà qui contribuerait à expliquer la réduction des cancers du côlon chez le pratiquant assidu !

Moins de cancer chez les sportifs : c’est démontré !

Une «étude d’études» appelée méta-analyse a fait la synthèse sur l’efficacité du sport pour lutter contre le cancer du côlon. Le risque est réduit de 30 à 40 % en cas d’activité physique modérée mais régulière. Il diminue de 40 à 50 % en cas de pratique sportive plus longue et plus intense. Concernant les cancers du sein, les études aussi vous conseillent de bouger. Deux heures de ménage par jour atténue de 20 % le risque de cancer du sein. Si ce type de programme ne vous épanouit pas, multipliez les pratiques et optez pour le sport. La probabilité de cancer du sein baisse de 6 %  chaque fois que vous ajoutez une heure d’activité physique hebdomadaire. 5 heures par semaine d’exercice plus intense et votre risque diminue de 40 % !  Vous constatez que l’effet est « dose dépendant ». L’activité physique, c’est bien mais le sport c’est mieux ! Attention, néanmoins aux excès ! Pour le cancer du sein, les bénéfices s’émoussent au-delà de 9 à 14 heures par semaine (voir encadré). Le sport semble également participer à la prévention des cancers de l’utérus, de la prostate, du poumon et  du pancréas. Cependant, les résultats des études sont moins flagrants et méritent d’être complétés.

Demandez le programme sportif anti- cancer !

De toutes ces données tentons de déduire un programme qui optimiserait les effets préventifs du sport contre le cancer. Les activités d’endurance sont vivement conseillées. Elles libèrent les globules blancs qui détruisent les cellules cancéreuses. Elles activent la production d’antioxydants qui neutralisent les radicaux libres facteurs d’altération de notre programme génétique.  Elles constituent un point clé de lutte contre le surpoids. Le corps stocke moins de substances cancérigènes. Le climat hormonal féminin est plus harmonieux et le développement mammaire est maîtrisé. Associées au renforcement musculaire, les sports d’endurance favorisent l’entrée du sucre dans les cellules et réduit la sécrétion d’insuline donc la croissance des tumeurs. Course et exercices d’abdominaux stimulent le transit intestinal et limitent le temps de contact avec les molécules toxiques ! La durée d’entraînement hebdomadaire la plus efficace semble de l’ordre de 5 heures et ne devraient pas dépasser le double. La semaine idéale pourrait inclure 5 séances d’une heure et 2 jours de repos : trois entraînements d’endurance (natation, vélo, footing, cardiotraining) entre lesquels seraient intercalés 2 activités de renforcement musculaire (musculation, gym d’entretien, abdos fessiers, culture physique). Riche de cette préparation foncière, des sports mixtes et ludiques sont les bienvenus. Danse, cours collectifs chorégraphiques, sports de combat, de raquette ou de ballon peuvent s’inscrire de temps à autre dans votre semaine sportive. Ils permettent de préserver la motivation et de varier les plaisirs … Bref de profiter de la vie. C’est bien l’objectif de la prévention !

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TROP DE SPORT, PLUS DE CANCER ?

Vous avez constatez en lisant ses lignes que la protection de l’exercice contre le cancer est « dose dépendant ». Plus vous bougez, plus vous réduisez votre risque. L’équation se vérifie lorsque la pratique reste raisonnable notamment quand on passe de l’activité physique au sport assidu. Mais, la courbe parait s’infléchir  lorsque la quantité d’exercice devient excessive.  La limite a été quantifié pour le cancer du sein : de 9 à 14 heures par semaine. Les mécanismes protecteurs semblent devenir insuffisants, parfois même ils retournent contre le sportif passionné ! Voici quelques hypothèses !

L’immunité s’altère. Les globules sont déversés en trop grande quantité au cours des efforts prolongés et intenses. Il n’en reste plus suffisamment pour monter la garde pendant les périodes de repos. Les corticoïdes, les hormones du stress produites lors de l’exercice pénible inhibent aussi le système immunitaire. Les cellules cancéreuses sont moins efficacement combattues !

La corrosion des cellules n’est plus contenue. La demande d’énergie est si importante que la respiration cellulaire tourne à plein régime.  Les résidus hyper réactifs qui s’en échappent sont si nombreux que  les substances «anti-oxydantes» ne parviennent plus à les neutraliser. Ils peuvent abîmer l’ADN, la structure chimique programme génétique, et rendre la cellule cancéreuse.

Les effets nocifs de pollution de l’air s’accroissent probablement quand la durée des entraînements augmente. Les  mécanismes de protections induits par le sport ne parviennent peut-être plus à compenser ! Vous inhalez des substances cancérigènes lors de vos longs joggings urbains ! Fuyez les heures de pointes et les grands axes automobiles. Préférez les footings du petit matin après le grand balayage nocturne. La situation n’est guère plus réjouissante quand vous abusez du sport en salle ou à domicile. Les résidus de peinture, de colle, de cuisson, de produits de bricolage ou nettoyage envahissent l’air ambiant. Choisissez l’endroit, ouvrez les fenêtres … c’est sûrement mieux dehors !

La dérive du dopage explique peut-être certains  cancers rencontrés chez les anciens sportifs de haut niveau. Les corticoïdes sont utilisés pour stimuler l’organisme et réduire les douleurs articulaires. Ils sont, vous le savez, des inhibiteurs du système immunitaire luttant contre les cellules anormales.  L’hormone de croissance et tous ses dérivés sont employés pour accroître la masse musculaire et réduire le taux de graisse. Elle active le développement de tous les tissus et notamment des tumeurs. Il en est de même concernant les anabolisants qui stimulent plus volontiers la prostate et les testicules.

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Références principales :

1 Prescription des activités physiques en prévention et en thérapeutique.

Par Frédéric DEPIESSE. Editions MASSON

2 Activités physiques : contexte et effets sur la santé

Expertise collective. Éditions INSERM

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