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TOM SIMPSON NE SERAIT PAS MORT DU DOPAGE !

29 septembre 2011

TOM SIMPSON symbolise le dopage dans le cyclisme. Il est décédé sur les pentes du Ventoux lors du tour de France 1967 avec des amphétamines dans les poches et dans le sang. Mais il avait d’autres raisons de mourir !

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport

Avec la collaboration du Docteur Gérard PORTE, médecin du sport.

Le docteur Gérard PORTE, dans son livre « Médecin du Tour » replace ce drame dans son contexte historique et scientifique. Ils évoquent d’autres hypothèses… et une conjonction de facteurs. Par son témoignage et son expérience, il souhaite lutter contre l’image déformée et l’équation simpliste « cyclisme = dopage ». Sans nier son usage, il veut rappeler que cette pratique est loin d’être systématique. Il rend hommage à ces sportifs hors du commun, rigoureux dans leur hygiène de vie, consciencieux à l’entraînement et incroyablement courageux en compétition.

La « chasse à la canette »…

Dans les années 60, les coureurs partaient avec 2 bidons de 500 millilitres d’eau et pouvaient s’en procurer 2 autres au contrôle situé environ à mi-parcours. Dans l’intervalle, les ravitaillements étaient interdits malgré des étapes bien plus longues que celles d’aujourd’hui ! Le masochisme des organisateurs n’expliquait pas ce règlement absurde ! Non, il était justifié sur les erreurs « scientifiques » de l’époque. Les médecins avaient constaté que la sueur contenait beaucoup de minéraux. Ils pensaient que ces substances étaient indispensables à la vie et qu’il fallait s’efforcer de les préserver. Pour eux, il était essentiel de limiter l’hydratation… pour diminuer la sudation ! Certains d’entre vous se souviennent peut-être de l’adage : « Boire coupe les jambes ! ». Alors que les gens de laboratoires étaient convaincus des méfaits de l’eau pendant l’effort, les cyclistes « mourraient » littéralement de soif sur la route. Ils chassaient désespérément la canette. Des bidons à la composition incertaine leur étaient tendus par le public. Épuisés, quitte à perdre du temps, ils s’arrêtaient près des ruisseaux et des fontaines de village pour boire et se mouiller.

Le 13 juillet 1967, le cagnard s’était abattu sur les routes du tour. Pas un poil d’ombre sur les pentes du Ventoux, la chaleur était insupportable. Tom  SIMPSON était complètement déshydraté. La femme de Roger PINGEON, le vainqueur du tour cette année-là, s’était installé sur le bas-côté de ce col mythique.  Elle a vu passer Tom SIMPSON. Elle témoigne : « Il était défiguré par l’effort, je n’en croyais pas mes yeux, il était livide, de la couleur d’un drap ». Aujourd’hui,  alors que chaque équipe bénéficie de ses « porteurs d’eau » (voir encadré), les ravitaillements en boisson sont devenus illimités et Tom SIMPSON ne serait peut-être pas mort sur les pentes du Ventoux !

Alcool et soutien populaire fatal ?

Les spectateurs de l’époque ont vu Tom SIMPSON, mal en point, s’emparer d’une bouteille sur une table de camping installée au bord de la route. Assoiffé, il en a rapidement englouti un maximum… En fait, il s’agissait de cognac ! L’alcool bloque la sécrétion d’une hormone, l’ADH, qui freine l’élimination de l’eau par le rein ! Tom SIMPSON a produit plus d’urine alors qu’il était déjà particulièrement déshydraté, de quoi précipiter un gros « coup de chaleur » !  Ce coureur était une vedette très populaire !  Il était Champion du Monde 1965, il avait gagné le Tour des Flandres, Paris Bordeaux, Milan-San Remo et le Tour de Lombardie. Á sa première défaillance, quand il a chuté lourdement, le soutien du public lui a probablement été fatal. Alors qu’il aurait mérité des soins urgents, les spectateurs le remettent en selle et le poussent pour qu’il reparte ! Il retomba quelques kilomètres plus loin pour ne jamais plus se relever !

Amphétamines et coup de chaleur !

Les amphétamines sont des excitants dangereux. Ils activent la libération et bloquent la destruction  des hormones stimulantes, notamment la fameuse adrénaline ! Habituellement quand le corps est fatigué, les réserves énergétiques épuisées, les cellules déshydratées, lorsque la température des organes devient excessive, le système nerveux reçoit de nombreux signaux de détresse. Le cerveau cesse d’ordonner les mouvements ! Le  sportif s’arrête ! Il est sauvé ! Avec les amphétamines, cette régulation bénéfique ne peut  pas se produire. La volonté est artificiellement activée. Les nerfs continuent à décharger leurs impulsions électriques et contraignent les muscles à travailler. Le corps entre en surchauffe ! Soleil de plomb, déshydratation, alcool, encouragements inconscients et amphétamines se sont associés pour provoquer un « coup de chaleur ». Quand la perte d’eau est massive, lorsque le volume sanguin diminue dangereusement, l’organisme enclenche un réflexe à haut risque, il tente de sauver les organes principaux : le cerveau, le cœur, les reins. Comme en cas d’hémorragie, il oriente le peu de sang disponible vers le centre du corps, il ouvre les vaisseaux qui y mènent  et ferme ceux qui se dirigent vers la peau.  Mais, dans le contexte de l’effort, ce processus constitue une impasse physiologique souvent fatale ! Si l’exercice se prolonge, la chaleur produite par les muscles ne peut plus être transportée par le sang vers l’air  « frais » de la périphérie et aucune sudation n’est possible. Le corps chauffe irrémédiablement… jusqu’à la destruction cellulaire. Le « coup de chaleur » est aussi appelée « hyperthermie maligne de l’effort ». Ce drame provoque le décès du sportif dans 60 % des cas malgré les soins et la réanimation! Tom SIMPSON en a été victime… Les amphétamines en ont été un facteur favorisant… mais pas la cause unique !

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LES PORTEURS D’EAU AU SECOURS DE TOM SIMPSON

En 2011, boire pendant l’effort fait partie de l’inconscient collectif des sportifs. Depuis longtemps, les physiologistes ont démontré l’intérêt de compenser les pertes sudorales  pour préserver les performances… et protéger la vie ! Les messages publicitaires vantant les mérites de l’eau et des boissons de l’effort ont pris le relais ! Désormais, sur le Tour de France, les ravitaillements sont libres et illimités, à partir du 50ème kilomètres et jusqu’à 20 kilomètres de l’arrivée. Au sein des équipes cyclistes, il existe même des « porteurs d’eau ». Ils se rendent auprès de la voiture de leur directeur sportif. Ils y prennent jusqu’à 10 bidons. Ils les placent dans les poches arrières et à l’avant de leur maillots. Ils remontent le peloton et ravitaillent leur leader et leurs coéquipiers situés aux avant-postes. Aujourd’hui, un cycliste du tour boit jusqu’à 6 litres par jour et en utilise 4 autres pour s’asperger ! Tom SIMPSON auraient vraiment eu besoin de porteurs d’eau !

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