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DANS LES COULISSES MÉDICALES DU  » MONDIAL DU TRAIL « 

3 janvier 2012

 Le 26 août 2011 à 23h30, la musique Conquest of Paradise de Vangelis rythmait le départ de la 9ème édition du The North Face® Ultra-Trail du Mont-Blanc®. Au cœur de la ville de Chamonix, 2 300 trailers s’élançaient à la conquête du Mont-Blanc. Afin d’encadrer cette course, un dispositif médical exceptionnel a due être déployé. Bruno Basset, coordinateur médical, nous emmène dans les coulisses du mondial du  » trail « .

Propos recueillis par Gaétan LEFEVRE

 

Depuis 3 ans, Bruno Basset dirige les opérations de secours de nombreuses courses dont The North Face® Ultra-Trail du Mont-Blanc®. Il doit faire face aux conditions météos et organiser les moyens mis en place pour assurer la sécurité des coureurs et intervenir en cas d’accidents. En pleine course, plongé dans la surveillance médicale, il a pris le temps de répondre aux questions de SantéSportMag.

Quel est votre rôle au sein de la course ?

Je m’occupe de la coordination générale inter-pays et inter-moyens de la course, c’est-à-dire que j’accorde et dirige les moyens publics, les moyens conventionnels et les moyens de l’organisation comprenant les secouristes, les infirmiers et les médecins pour le bon fonctionnement de la course. Je travaille avec mon frère jumeau, le docteur Patrick Basset qui est le directeur médical de la course. Lui, il chapote tout ce qui est médical sur The North Face®Ultra-Trail du Mont Blanc®.

Comment s’organise l’équipe médicale de la course ?

L’équipe médicale est composée d’environ 30 médecins, 70 infirmiers et une centaine de secouristes. Elle répond à un cadre réglementaire défini par la Fédération Française d’Athlétisme et plus particulièrement la Commission des Courses Hors Stade. J’ai notamment aidé à la rédaction de ce document. Celle-ci impose à l’organisation centrale la mise en place d’un dispositif, que l’on appelle santé-sécurité-secours. L’organisation doit fournir les moyens humains et matériels pour assurer la sécurité et les secours des participants.

Certaines équipes ou coureurs possèdent-ils leur propre équipe médicale ?

À ma connaissance, aucun coureur, ni aucune équipe ne possède, aujourd’hui, son propre service médical. Nous voyons régulièrement les coureurs recevoir une assistance ravitaillement, souvent fournie par leurs familles ou leurs amis mais pas au niveau soin.

Comment se répartissent les secours sur la course ?

Les secours sont définis en fonction de leur accessibilité au terrain. Le règlement des courses hors stade exige qu’en moins de 30 minutes ils puissent intervenir à n’importe quel endroit du parcours. Notre service médical a donc mis en place une structure sur plusieurs niveaux : un maillage secouriste, un infirmier et un médical. Ce dernier comprend des urgentistes, des anesthésistes et même des médecins du sport. Le maillage secouriste est le plus resserré et contient le plus grand effectif. Il s’agit de notre force de frappe terrain la plus rapide. Pour fournir ces ressources humaines, nous travaillons avec des sociétés et des associations de secours en montagne comme La Chamoniarde, La société de secours Valmongeois, etc. Nous chaperonnons chaque poste installé sur le parcours grâce à un tableau avec le schéma directeur santé-sécurité-secours qui nous décrit les moyens en place. Nous connaissons ainsi le nombre de médecins, d’infirmiers, de kinés, de podologues… que nous avons à disponibilité ainsi que les moyens de transport et le matériel qu’ils ont : un 4×4, un hélicoptère, etc. Nous avons accès à tous ces renseignements pour nous guider dans la direction des opérations de secours.

Quels sont les moyens que vous possédez pour vous déplacer sur le parcours ?

Nous avons des postes de secours fixes et des postes mobiles pouvant intervenir en amont et en aval de leur position. Bien souvent, il s’agit d’équipes pédestres mais nous couvrons aussi certains secteurs avec des 4×4, et dans chaque pays, un hélicoptère est à notre disposition. Nous possédons aussi notre hélicoptère médicalisé, fourni par la société CMBH (Chamonix Mont-Blanc Hélicoptères) et piloté par Pascal Brun, dans lequel se trouve un anesthésiste, un pompier et un secouriste de montagne pouvant intervenir sur les secteurs où les moyens terrestres ne passent pas.

À quelles blessures êtes vous généralement confronté en ultra trail ?

Cette course est particulière car elle se court en montagne ce qui en fait un terrain dangereux. Généralement nous sommes confrontés à de la traumatologie due à des chocs répétés et des efforts physiques prolongés. Il s’agit souvent de tendinites, de problèmes ostéo-articulaires, etc. De temps en temps, lors de chutes, nous avons à faire à des fractures. Sur le plan médical, nous rencontrons souvent des problèmes digestifs avec des diarrhées, des nausées et des vomissements. Cependant, les problèmes les plus graves sont liés à la météorologie. Cet impact est énorme. Lorsque la météo est défavorable, comme sur cette édition 2011, beaucoup de coureurs sont victimes d’hypothermies. Là, il faut que nos équipes évaluent bien leur importance afin d’avoir les actions les plus adaptées. Lorsqu’il fait chaud, nous sommes appelés à gérer des cas de déshydratation avec des coups de chaleur, des hyperthermies malignes. Une des pathologies médicales que nous rencontrons, et qui malheureusement n’est pas à exclure, est la rabdomyolyse. Lors d’effort prolongé, les fibres musculaires en se détruisant intoxiquent le rein et le bloquent. Dans ce cas, nous sommes souvent obligés de placer le patient en réanimation pour être dyalisé. Cette pathologie devient plus fréquente lorsqu’il fait chaud.

Avez-vous personnellement été confronté à des accidents graves ?

Oui, malheureusement ! Sur chaque épreuve de masse, nous sommes confrontés à des infarctus, des problèmes cardiaques ou des chutes plus ou moins graves. Une fracture du tibia-péroné en montagne peut vite devenir un cas grave car le blessé peut souffrir de la température lorsqu’il se retrouve immobilisé. Cette course a quand même lieu dans un secteur hostile.

Une fois la course finie, votre rôle s’arrête ?

Nous n’avons pas de mission de recherche au sens médical, c’est-à-dire qu’une fois l’événement fini, nous assurons le suivi uniquement pour les patients qui ont besoin d’être rapatriés dans leur pays dans de bonnes conditions. L’organisation a pris des engagements au niveau de l’assurance. Tous les autres, en général, nous les adressons à leur médecin traitant ou nous les hospitalisons s’ils en ont besoin.

Crédit photo : Dan Milner UTMB 2011 athlète Tsuyoshi Kaburaki

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