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KARINA HOLLEKIM, NE PAS MOURIR PUIS RESSUSCITER !

27 juin 2012

Karina HOLLEKIM est passionnée de sports extrêmes. Enfant, elle rêvait de voler et de côtoyer les oiseaux. Elle va réaliser son rêve en découvrant le Base Jump. Première femme à réaliser du ski Base, elle profi te de sa liberté dans les airs… jusqu’au jour où tout tourne mal.

PROPOS RECUEILLIS ET TRADUITS PAR GAËTAN LEFÈVRE

 

Karina HOLLEKIM est une femme extraordinaire… tout comme son histoire. Son courage, sa volonté et sa détermination l’ont emmenée dans les airs puis remise sur pied après son accident. SantéSportMag est parti à la rencontre d’une femme et d’un récit hors du commun.

Comment en êtes-vous venue à pratiquer le Base Jump ?

Tout à commencé lorsque des amis m’ont offert comme cadeau d’anniversaire un saut en chute libre. J’ai pris tellement de plaisir que j’ai continué à pratiquer. N’étant pas fascinée par les avions, l’odeur de carburant et le bruit, j’ai rapidement voulu me mettre au Base Jump. J’ai réalisé mon premier saut de Base Jump d’un pont dans l’Idaho (États-Unis). Le saut n’avait rien de spectaculaire mais une nouvelle vie s’offrait à moi !

Pouvez-vous nous raconter votre accident ?

Le 20 août 2006, j’étais à Villeneuve en Suisse, pour la Coupe du monde de parapente. J’ai été invitée à faire une démonstration de vol en wingsuit (une combinaison de saut en forme d’aile). Les conditions météorologiques étaient parfaites. Lorsque nous avons décollé avec notre petit avion, l’ambiance était bonne et la confiance régnait. Des sauts comme celui-là, nous en avions fait des centaines. Celui-ci était parfait ! J’entends encore les applaudissements et les cris de milliers de spectateurs en dessous de moi. Le public était extasié. Il était temps de sortir le parachute pour amorcer l’atterrissage. Mais à ce moment-là, je me suis rendu compte que quelque chose avait mal tourné. Les lignes droites de mon parachute s’étaient emmêlées. Je ne pouvais absolument rien faire. J’ai tourné de manière incontrôlée vers le sol que j’ai frappé à plus de 100 km/h. J’ai eu 4 fractures au fémur gauche, les 2 genoux brisés et 21 fractures ouvertes à ma jambe droite. Mais j’ai sauvé mon dos et ma tête… et j’étais encore en vie.

Comment s’est passée la prise en charge ?

Lorsque je me suis réveillée, j’étais à l’hôpital de Lausanne (Suisse). Le médecin est venu  me dire que j’avais de la chance d’être encore vivante mais que je ne pourrais plus remarcher. J’ai subi 20 chirurgies en 2 ans et demi pour remettre mes jambes en état.

Comment s’est déroulée la rééducation ?

Au début, je ne pouvais pas faire grand chose. J’ai eu beaucoup de dommages aux nerfs et ma peau était extrêmement sensible. Comme je suis restée au lit pendant près de 6 mois, tous mes muscles avaient fondu. Lentement, j’ai dû me reconstruire. Une grande partie de ma rééducation a eu lieu dans une piscine. J’ai pu y circuler plus librement avec de petits engins flottants pour m’éviter de couler. Mon objectif principal était de marcher… J’ai fait de la physiothérapie tous les jours pendant les 3 premières années. Aujourd’hui, je n’ai plus qu’une séance par semaine. J’ai réussi à me lever de on fauteuil roulant, en janvier 2009. J’ai lâché mes béquilles et commencé à remarcher. J’ai aussi fait un gros travail sur le mental. Il est important de rester positif et de trouver la motivation pour s’entraîner. J’aurais pu être effrayée mais j’ai préféré me concentrer uniquement sur les choses positives. Dans un premier temps, j’ai pensé au jour où je pourrais me déplacer toute seule, de mon lit à mon fauteuil roulant. Ensuite, le jour où je pourrais mettre mes deux chaussettes sans assistance, etc. Et jour après jour, effort après effort, je reprenais courage et goût à la vie.

À quoi avez-vous pensé lorsque les médecins vous ont annoncé que vous ne pourriez plus remarcher ?

Je ne pouvais pas y croire. Je ne comprenais pas ce que signifiait « être incapable de marcher ». Je me suis alors posé plein de questions. Ne serai-je plus jamais en mesure d’aller dans mon appartement au 5e étage sans ascenseur ? Comment vais-je faire pour mon travail ? Est-ce que mes amis seront toujours à mes côtés ? J’étais skieuse professionnelle et Base Jumper. J’utilisais mon corps pour tout ce que je faisais. Tous mes amis étaient aussi des sportifs. Quelle va être ma relation avec eux si je ne peux les rejoindre dans ces activités ? Je n’imaginais pas ma vie en fauteuil roulant. J’ai beaucoup pleuré.

Où avez-vous puisé cette force qui vous a permis de remonter sur les skis alors que les médecins vous disaient que vous resteriez toute votre vie en fauteuil roulant ?

Tout au long de cette période, mes amis et ma famille m’ont soutenue. Ils ne m’ont jamais laissée seule. J’avais régulièrement des visites. Je recevais des lettres, des e-mails… Ils me disaient : « Ne te décourage pas ! Nous savons que tu peux le faire. Nous t’attendons dans les montagnes ! » Ils ne m’oubliaient pas. Ils me faisaient sentir que je faisais partie d’une communauté bien que j’étais couchée dans un lit d’hôpital à des centaines de kilomètres d’eux. Les mauvais jours, lorsque je n’avais pas la force et la motivation de me lever et travailler, je les sentais qui me poussaient et m’encourageaient. Je ne pouvais pas les décevoir… ils croyaient tellement fort en moi ! Nous avons tous besoin d’une famille et de bons amis pour nous étreindre ou nous donner un coup de pied au cul lorsque le besoin s’en fait sentir. Je crois aussi qu’il est important d’avoir une passion ou un objectif. Quelque chose qui donne une raison à votre travail. Ma passion, c’est la montagne, le ski, la poudreuse ! Je pense avoir été la seule personne dans l’hôpital qui ait cru en cet objectif. Je n’ai jamais douté. Pour moi, il s’agissait juste d’une question de temps !

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis encore skieuse professionnelle. Cependant, au lieu de pratiquer le ski extrême, de sauter du haut des falaises, je mets l’accent sur le sentiment et les paysages des voyages que je choisis. Je peux aussi faire du vélo, de l’escalade et profiter de la montagne. Je ne peux plus courir donc ça me donne une excuse pour ne pas le faire (rires).

Allez-vous réessayer le Base Jump ?

Non, j’ai tourné la page. Mes jambes ne soutiendraient plus les impacts. Et je me sens chanceuse d’avoir eu une deuxième chance. J’ai gardé en moi les nombreux souvenirs du temps où j’étais Base Jumper, et personne ne peut me les prendre.

Quels sont vos prochains objectifs ?

Mon prochain objectif est le ski de randonnée. J’aimerais accomplir la Haute Route des Alpes. Elle commence à Chamonix, en France, et finit à Zermatt, en Suisse. Le trajet dure environ 7 jours. Ce sera le défi le plus dur physiquement depuis mon accident. Mais je suis têtue et je sais que je peux le faire. Avec ce voyage, je veux montrer qu’avec un esprit persistant et un grand nombre d’heures de travail, tout est possible.

Crédit photo : Rainer Eder/Bernhard Spöttel/Red Bull Content Pool

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