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ANNE VILET, MÉDECIN DU SPORT ET ULTRA-TRAILEUSE

6 août 2012

Anne cumule les formations. Elle est aussi kinésithérapeute et urgentiste. De la théorie à la pratique, elle connaît parfaitement le fonctionnement du corps en plein effort. Elle nous parle de son mode de vie, de son entraînement et de sa nutrition. Vous pourriez bien glaner quelques informations essentielles !

PROPOS RECUEILLIS PAR LE DOCTEUR STÉPHANE CASCUA

 

Anne, étais-tu sportive dans ta jeunesse ?

Quand j’étais jeune, dans ma famille, nous avions la bonne habitude de bouger : balades à vélo, randonnées faciles… En vacances, je pratiquais du ski de piste ou du ski nautique. Lors de mes études de kiné, j’ai un peu joué au volley. Mais à 20 ans, je me suis rendu compte que j’avais quelques prédispositions pour tenir la distance, notamment lorsque j’accompagnais mon père à V.T.T. et les copains en course à pied. Je n’étais pas rapide mais j’avais du « mental ». Cependant, je ne savais pas comment m’y prendre ni par quel bout attraper le sport d’endurance.

Alors, comment t’es-tu tournée vers la course à pied ?

En 2009, je rencontre un copain marathonien. Il me fait mon premier plan d’entraînement. Ce programme me rassure et je termine en toute confiance mon premier semi en 2h06. Lorsque, l’année suivante, je m’inscris au diplôme universitaire de traumatologie du sport, je fais la connaissance d’un médecin triathlète, spécialiste en médecine du sport. Il me propose de me suivre dans mon activité de course à pied. Je structure de façon plus précise encore ma préparation, j’affine mon travail fractionné et je termine les 20 km de Paris en 2 heures. Quelques semaines plus tard, je passe sous la barrière des 2 heures au semi.

Et le trail ?

Je suis tombée amoureuse du trail au bord de l’Atlantique, lorsque j’étais de l’autre côté de la barrière. J’assurais la surveillance médicale de la TRANS AQ, ce remake du marathon des sables, version française. Cette course impose aux coureurs  de courir par étapes 220 km dans la semaine. J’ai découvert cet univers de dépassement de soi. J’ai été subjuguée par la convivialité qui régnait, la communion que l’on ressentait dans l’effort. Alors que 42 km 195 me paraissaient déraisonnables, je comprends que l’on puisse parcourir des distances bien plus importantes sans risque apparent pour l’organisme. Dès mon retour, j’entame un programme bien conçu pour mon premier marathon. En 2010, je fais le Marathon des Alpes-Maritimes, Nice-Cannes, en 4 heures 30 et je me fixe comme objectif de faire la TRANS AQ en 2013.

Comment fais-tu pour intégrer désormais cette préparation à ta vie quotidienne très dense ?

Actuellement, je cumule un peu les activités ! J’assure une consultation de traumatologue du sport dans un centre médical à Saint-Ouen. Je suis médecin urgentiste à l’hôpital de Versailles. Je fais également de la régulation et du rapatriement sanitaire pour une grande compagnie d’assurance. Je travaille environ 50 heures par semaine. Il faut ajouter mes formations, notamment dans le domaine de la médecine du sport. J’arrive à caser environ 3 à 4 entraînements par  semaine. Ma préparation est centrée autour d’une sortie longue, d’1 heure 30 à 4 heures, dans le parc de Saint-Cloud. C’est le temple des traileurs, aux portes de la capitale. On y trouve dénivelés, chemins escarpés et irréguliers. Bien sûr, je préfère réaliser cette séance en groupe, le week-end. Mais lorsque mon emploi du temps et mes gardes me l’interdisent, je ne renonce pas et je l’effectue seule en semaine. C’est moins motivant mais c’est incontournable !

Et le reste de la semaine, à quoi ressemblent tes séances plus courtes ?

En semaine, 3 séances clés rythment mon activité. Je fais du travail en côte, je fractionne dans la montée, je travaille mes appuis dans la descente. C’est essentiel la descente ! Lors de mon premier trail, j’ai vraiment souffert des cuisses en descente et, depuis, j’insiste sur cette activité génératrice de courbatures que nous qualifions d’excentrique. En région parisienne, on manque de longue descente. Une fois par semaine, je fais du travail sur piste orienté V.M.A, sur des séries de 200 mètres que j’essaye de tenir 10 fois. Je programme souvent une autre séance sur piste car j’aime l’ambiance et la convivialité de mon club. Elle est orientée « seuil ». J’enchaîne plusieurs 800 mètres ou 2 000 mètres. J’ajoute à cela quelques déplacements quotidiens en Vélib’. Mes gardes aux urgences constituent un véritable entraînement à la vigilance nocturne en trail. L’inverse se vérifie également. Depuis que je pratique l’Ultra-Trail, je suis à la fois plus performante et plus sereine, la nuit, à l’hôpital. Néanmoins, je sens bien que l’équilibre est subtil. Je flirte souvent avec le surmenage ! J’évite de cumuler préparation intensive et surcharge professionnelle.

Comment gères-tu ta récupération ?

Lorsque je suis fatiguée, je m’octroie des séances « à ma main ». On peut parler de « récupération active personnalisée ». J’aime notamment la sortie que je qualifie de « bien placée ». Après un échauffement tranquille, de 20 à 30 minutes, j’enchaîne quelques 100 mètres « toniques ». Je n’accélère pas particulièrement mais je travaille la qualité des appuis et le bon geste technique. Cet entraînement ne dure pas plus d’1 heure. Quand je sais que la journée sera difficile, j’opte pour une sortie matinale, je pars tranquillement 30 minutes à 1 heure. Je reste à jeun pour apprendre à mon corps à brûler les graisses. Parfois, quand j’ai mal aux cuisses, je me contente d’une balade à vélo. L’absence d’amortissement et d’impact repose mes muscles et mes articulations.  C’est idéal pour se régénérer. Enfin, n’oublions pas ma séance de yoga. Cette pratique va bien au-delà des étirements ! Apprendre à écouter son corps, c’est mieux gérer son effort et mieux communiquer avec la nature ! Un vrai plus pour le traileur.

Avec cette préparation, es-tu parvenue à encaisser de longs trails sans encombre ?

Oui, en 2011, je fais mon premier trail, le 50 km de l’EcoTrail de Paris®, et le trail de Verbier-Saint-Bernard dans la foulée, 61 km et 4 000 m de dénivelé. Cette année, j’ai fait le 80 km sans encombre. Je conseille toujours de débuter avec des épreuves où les barrières horaires sont indulgentes. Il faut bosser à son rythme sans craindre la fermeture du parcours. J’ai vite compris que j’étais plus endurante que rapide.

Alors, quels sont tes projets ?

Dans mes projets, il y a la TRANS AQ, je m’étais promis d’y retourner, j’y reviendrai, je serai cette fois coureuse. La MASCAREIGNE, la version light de la diagonale des fous, à la Réunion, sur 65 km et je l’espère, The North Face® Ultra-Trail du Mont-Blanc®, la Mecque des traileurs, en 2015.

Qu’en penses-tu ? Es tu devenue addict ou pratiquante assidue ?

Je cours moins que certains de mes amis trailers de Facebook® dont l’activité m’intrigue, ils font souvent plus d’un trail par mois. Moi, maintenant, je récupère environ 4 jours. Au-delà de ce délai, je n’ai plus de courbatures, je ne suis même plus fatiguée. Mais en toute honnêteté, je reste interrogative quant à l’avenir ostéoarticulaire des pratiquants. Même me concernant, je sens que je suis devenue dépendante. Plus qu’à l’effort, je suis addict à la nature ! J’ai un plaisir immense à communier avec la montagne, les arbres et les cascades dans ce bain d’endorphine !

Notre médecin du sport traileur peut-il nous donner ses secrets pour éviter les blessures ?

Quelques points clés ! Pendant l’effort, je m’hydrate très régulièrement, je bois 2 gorgées toutes les 10 minutes. Je m’alimente tous les trois-quarts d’heure. Je m’étire un peu pour adapter mes tissus… mais pas trop pour ne pas les agresser et pour rester tonique. Surtout je travaille beaucoup ma coordination, ma «­proprioception­» comme diraient les kinés et les docteurs. Je travaille en descente, sur terrain irrégulier ou dans le sable mou. Ce mode de préparation protège mes articulations lorsque la fatigue s’installe au cours des épreuves. En compétition comme à l’entraînement, je prends soin de réaliser un départ tranquille au cours duquel mon organisme s’échauffe, se dérouille, se dénoue. Je suis pour la diversité, j’essaye de nager et de pédaler, j’utilise volontiers ces activités pour les séances de décrassage. Mais cependant, si je veux préparer de plus grosses épreuves sans me blesser, il va falloir que je fasse plus de vélo. C’est une bonne façon d’améliorer son « foncier » tout en ménageant l’appareil locomoteur. Dès la rentrée, je prévois d’aller à l’hôpital en V.T.T. soit 30 kilomètres aller-retour, 2 à 3 fois par semaine.

Avec ton emploi du temps tendu, comment gardes-tu une alimentation équilibrée ?

Je conserve les règles de base : une crudité en entrée, une viande ou un poisson, moitié légumes, moitié féculents et un dessert plutôt à base de fruits. Je n’utilise plus que des féculents complets, plus riches en micronutriments et les fibres gênent la digestion de l’amidon : ce sont de vrais sucres lents ! J’insiste sur les oméga 3, l’huile de noix, l’huile de colza et les poissons gras. Je limite l’emballement des processus inflammatoires. Mes membranes cellulaires sont plus souples, mes globules rouges se faufilent mieux dans les petits vaisseaux. Ils s’abîment moins et délivrent plus aisément l’oxygène au plus profond de mes masses musculaires. J’ai considérablement réduit le lait de vache au profit du lait de soja et de chèvre. En hiver, j’apprécie un bon potage préparé à base de produits naturels bio. Je cède parfois à la tentation des compléments alimentaires : spiruline ou antioxydants.

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