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LE SOMMEIL AU CŒUR DE LA PRÉPARATION DES SKIPPERS

20 novembre 2012

Lors des courses en mer, notamment en solitaire, la gestion du sommeil est un élément clé de la performance sportive mais aussi de la survie du skipper. À l’occasion du départ du 7e Vendée Globe, le 10 novembre 2012, Armel Le Cléac ’h et Marc Guillemot dévoilent leurs expériences dans ce domaine, acquises au fil des miles.

Par Gaëtan LEFEVRE

 

Le 26 septembre 2012, lors de la conférence de presse pour le lancement du 7e Vendée Globe, SantéSportMagazine a rencontré Armel Le Cléac ’h, du team Banque Populaire, et Marc Guillemot, du groupe Safran, pour confronter leurs visions du sommeil pendant cette épreuve.

La gestion du sommeil est un élément important en voile, notamment sur une course de 3 mois comme pour le Vendée Globe. Comment l’abordez-vous ?

Armel Le Cleac ’h : La gestion du sommeil est, en effet, un élément important pour un skipper, notamment sur les courses en solitaire. On ne dort pas comme à la maison lorsqu’on est en mer. Notre repos dépend des conditions climatiques. On recherche donc le sommeil dès qu’on a un moment de répit. Avec l’expérience, on est capable d’anticiper les situations difficiles qui vont nous empêcher de dormir ou limiter notre sommeil à une vingtaine de minutes, par exemple lorsque l’on est proche des côtes. Il faut alors avoir une bonne alarme pour se réveiller car ce n’est pas toujours facile.

Marc Guillemot : Avant d’aborder le sommeil, il faut parler d’objectif et de motivation. Il est important de savoir où l’on va. Il est plus simple de se motiver, de gérer son sommeil et de rester éveillé si on a un objectif. Pour la gestion du sommeil sur les courses au large, on n’a pas la même vision au début de sa carrière et lorsqu’on a un peu plus de bouteille. On se base toujours sur ses expériences précédentes. Par exemple, pendant une quinzaine de jours, je sais que je n’ai pas besoin de réveil. Après, je commence à en utiliser un, avec une bonne alarme. Lors d’un précédent Vendée Globe, au milieu du Pacifique, je ne l’entendais même plus. Au lieu de partir pour un sommeil d’1h-1h30, je restais endormi 2, 3 ou 4 heures. J’avais besoin de repos et, inconsciemment, je refusais d’entendre l’alarme. Pour moi, il y a vraiment une évolution au moment où tu démarres ta carrière et au fil du temps, avec l’expérience qui te permet d’apprendre à gérer ton sommeil.

Comment s’organisent vos cycles de sommeil ?

A.L. : On dort par période de 5 minutes à 1h15, plusieurs fois par jour. Lors de mon 1er Vendée Globe, je dormais entre 6 et 7h par jour. Avec moins de temps de sommeil, je suis trop fatigué. On atteint le sommeil profond sur des phases de sommeil d’au moins 45 minutes. Cette phase est plus récupératrice pour le corps. Sur des sommeils plus courts, on recharge juste un peu les batteries.

M.G. : Si la situation est bonne, on peut avoir 2, 3 ou 4 séries de 40 minutes à 2h. Tout dépend des conditions météorologiques. Lors des changements de vents, le sommeil est court. À l’inverse, des vents constants permettent de ne pas avoir de coupures pendant le sommeil.

Préparez-vous en amont cette gestion du sommeil afin d’être prêts lors de la course ?

A.L. : Je me préparais avant pour la course du Figaro. Il faut bien connaître son corps. L’expérience permet de mieux gérer son sommeil. Pour le Vendée Globe, il s’agit d’une gestion au quotidien car trois mois, c’est très long. Je travaillais cela au pôle d’entraînement du Finistère, avec différents skippers. Plusieurs informations sont enregistrées pendant qu’on dort afin de nous sortir notre profil : petit ou gros dormeur, du matin ou du soir, etc. Lorsque l’on connaît ces informations, on essaie de les mettre en pratique en mer. On ne peut pas réellement s’entraîner sur terre car les conditions sont trop différentes. Il faut donc faire de longues sorties en voile pour vraiment s’exercer.

M.G. : Je ne prépare rien à terre. Je fais attention à avoir une bonne hygiène de vie.

L’alimentation et l’hydratation sont des éléments essentiels dans la gestion d’une course mais aussi du sommeil. Comment gérez-vous votre alimentation ?

A.L. : Il est très important de bien s’alimenter pour être en forme, et encore plus sur une course longue. Il faut éviter d’avoir des carences qui peuvent diminuer la performance. Dans le travail réalisé avec le team Banque Populaire, les différents skippers partagent leurs expériences. On est aussi accompagné d’un médecin qui nous aide à préparer des repas équilibrés en fonction du nombre de calories dont on a besoin, notamment selon les zones géographiques où l’on est. Sur mon dernier Vendée Globe, j’ai un peu manqué de nourriture. Je suis donc arrivé amaigri et affaibli. Je ne commettrai pas 2 fois la même erreur. Je travaille aussi avec des nutritionnistes pour sélectionner des aliments qui n’influencent pas la vigilance.

M.G. : Tous les matins, un plat de tripes et du cassoulet… Non, j’essaie de manger des plats que je choisis parmi des listes que l’on m’a conseillées. J’ai des menus tous les jours, 2 fois par jour, en fonction des régions. Selon la zone où l’on est, on a besoin de plus ou moins de calories. Par exemple, au passage du « Pot au noir » ou de l’Équateur, je ne vais pas manger un cassoulet. Il y a aussi la gestion de l’eau. On a généralement un dessalinisateur. Je prends en plus 50 litres d’eau minérale, au cas où mon dessalinisateur tomberait en panne. La course au poids existe, mais aussi à l’efficacité. Il ne faut pas faire n’importe quoi, au risque d’empiéter sur la performance.

Quels sont vos secrets pour tenir malgré le manque de sommeil en mer ?

A.L. : être bien installé. Il faut éviter d’avoir des courbatures au réveil et bien reposer ses muscles. Encore une fois, l’expérience permet de mieux s’installer. Par exemple, pour le Vendée Globe, je pars avec un gros matelas dans ma cabine.

M.G. : Bien s’alimenter et s’hydrater ! Tout se reporte sur le sommeil. J’ai toujours des racines de gingembre, j’en bois dans mon thé tous les jours depuis 15 ans. Je mange aussi des huîtres en début de course, pour leur taurine, de l’EPO naturelle. Je fais le malin mais il n’y a pas longtemps que je le sais. J’adore les huîtres, elles me donnent vraiment la pêche !

Crédit photos : Armel Le Cléac’h : V. CURUTCHET/BPCE – Marc Guillemot : JEAN-MARIE LIOT/DPPI

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