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LA LÉSION MUSCULAIRE QU’EST-ELLE EN RÉALITÉ ?

7 février 2013

La lésion « musculaire » est omniprésente chez le sportif. Les lésions intrinsèques, c’est-à-dire propres à la structure du muscle, représentent 30 % des lésions sportives. Les comprendre, les prévenir et les traiter deviennent une nécessité.

Par Nicolas FAURE, kinésithérapeute

 

Plusieurs classifications de lésions dites « musculaires » ont vu le jour avec l’utilisation des termes « élongation », « claquage » et « déchirure ». La définition des lésions « musculaires » a évolué en passant de l’atteinte pure de la fibre musculaire à un décollement de celle-ci, avec son tissu aponévrotique. Le tissu aponévrotique est une structure dense et fibreuse. Il permet d’organiser l’architecture du muscle, comme un tissu de soutien. Par comparaison avec une feuille d’arbre : les fibres musculaires seraient la partie verte de la feuille, et les nervures seraient les cloisons aponévrotiques où se rattachent les fibres. Ainsi on est passé de la lésion « musculaire » à la lésion musculo-aponévrotique (LMA).

Qu’ont permis les progrès en imagerie médicale ?

La conception du muscle en lui-même a évolué grâce aux avancées en échographie et en IRM. Dorénavant, les recherches s’intéressent à la fibre musculaire et aux structures conjonctives (cloisons aponévrotiques centrales ou périphériques) ainsi qu’au lien qui les unit : les protéines de liaison. Les protéines de liaison sont des molécules de taille importante qui constituent le point d’attache entre le muscle et l’aponévrose. À ce jour, les lésions se situent dans trois localisations : la lésion musculoaponévrotique centrale ou celle périphérique dans le cas où la fibre musculaire se détache de sa cloison centrale ou périphérique, et la lésion myotendineuse qui atteint la fibre et le tendon.

Quels sont les mécanismes responsables de la lésion musculoaponévrotique ?

Deux mécanismes dans la lésion musculoaponévrotique sont reconnus : l’overstretching et le travail excentrique. Le mouvement d’overstretching constitue un étirement maximal et rapide du muscle. Dans le cas d’une lésion, l’étirement dépasse les capacités d’allongement du muscle. On parle de capacité viscoélastique. Un muscle ne peut pas s’allonger au-delà de sa capacité, sinon il « casse ». Le point de rupture se situe au point d’intimité myoaponévrotique. Le travail excentrique est un mouvement de freinage dans lequel une contraction est effectuée en même temps qu’un étirement progressif. Ce geste vient déclencher un cycle de destruction/construction des protéines de liaison. Prenons l’exemple de la lésion des ischio-jambiers chez le sprinteur : le mécanisme lésionnel n’est pas l’étirement maximal des ischio-jambiers mais leur contraction musculaire intense en excentrique durant l’effort.

Que faire après une lésion myoaponévrotique ?

Durant les deux premiers jours, vous devez mettre en place le protocole RICE : repos, froid (Ice), compression, élévation. Le froid s’applique par l’intermédiaire d’un pack, d’une vessie de glace ou bien d’une poche de petits pois congelés. Entre la peau et le froid, n’oubliez pas d’interposer un linge pour ne pas vous brûler l’épiderme. Puis laissez agir 10-15 minutes ! Passé ce délai, la température locale ne diminue plus de manière significative. Vous pouvez enlever la glace. L’utilisation du froid est à renouveler plusieurs fois dans la journée. La cryothérapie gazeuse n’est pas recommandée dans le cas d’une lésion musculo-aponévrotique parce que l’hypothermie vient léser les cellules satellites ou « de MAURO », ces dernières étant à l’origine de la reconstruction de la fibre musculaire. Après une lésion musculo-aponévrotique, pensez aussi à comprimer la zone lésée à l’aide de bandes, afin de limiter l’étendue de l’inflammation. Ne pressez pas trop fort pour ne pas diminuer la vascularisation sur la zone lésée ! Sinon, vous risquez d’entraîner un retard de cicatrisation. Enfin, toute compression est à proscrire la nuit ! Le sommeil joue un rôle dans la cicatrisation musculaire. À l’heure actuelle, des études montrent l’intérêt de certaines hormones de croissance dans la multiplication des cellules « mères » des nouvelles fibres musculaires : les cellules satellites. Il se trouve que ces hormones circulent en plus grande quantité dans la phase de sommeil profond de 23h à 2h du matin et de 12h à 15 h. Ainsi, optimiser ce phénomène, consiste à se coucher avant minuit et à faire de courtes siestes la journée. Pour lutter contre la douleur, vous pouvez utiliser des antalgiques. En revanche, les anti-inflammatoires non stéroïdiens interviendraient de façon délétère dans la cicatrisation. Dans les heures suivant la lésion, un nettoyage des éléments nécrosés est assuré par des cellules inflammatoires nommées « macrophages ». La qualité de la cicatrisation musculaire est dépendante de la mise en jeu de cette réaction inflammatoire. Gardez en tête que vasculariser et mobiliser sont les éléments clés d’une bonne cicatrisation musculaire ! La première semaine, vous devrez irriguer abondamment la zone lésée par des massages, de l’électrothérapie (courant par capillarisation) et des contractions musculaires infra-douloureuses. La mobilisation précoce permet de favoriser la résorption de l’œdème, une prolifération de capillaires sanguins et une organisation parallèle des nouvelles fibres musculaires. Mobiliser précocement permet ainsi d’obtenir une cicatrice musculaire de bonne qualité ! Une mobilisation, passive dans un premier temps, évoluera vers un travail actif, avec la reprise du vélo le quatrième jour et de jogging aux alentours du dixième jour. Dès le troisième jour, vous ajouterez une mobilisation active en traction, par le travail excentrique. Ce dernier est un travail freinateur. Lors d’un shoot au football, les muscles ischio-jambiers, situés en arrière de la cuisse, viennent freiner l’extension du genou pour protéger l’articulation. Les ischio-jambiers permettent ainsi de fléchir le genou et d’emmener la hanche en extension. Des études affirment que le régime de contraction excentrique localisé autour de la lésion agit sur les protéines de liaison. En travaillant de cette manière, vous détruirez ces protéines de liaison afin de reconstruire ces mêmes molécules en qualité et quantité plus importantes. Vous  augmenterez ainsi la résistance des points d’attaches entre la fibre musculaire et l’aponévrose. L’autre argument en faveur du travail excentrique est le recul du point de rupture viscoélastique, c’est-à-dire que le muscle aura une capacité plus importante à supporter un étirement maximal. Le renforcement excentrique s’organisera dès le troisième jour avec une séance par jour pendant trois jours, pour ensuite passer à une séance tous les 2-3 jours. Sur une lésion myoaponévrotique, vous devrez être attentif au respect de la non-douleur pendant et après le travail excentrique. Les séances débuteront à vitesse lente avec des charges progressives, pour finir avec des charges plus lourdes à vitesse rapide. Actuellement, des études récentes sur le taux de blessure musculaire dans des clubs de football, montrent le bénéfice du travail excentrique en pré-saison. « Mieux vaut prévenir que guérir ! »

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Le travail excentrique intervient à 3 niveaux sur la structure myoaponévrotique :

-Sur la fibre musculaire directement, en augmentant le nombre de sarcomères. Le sarcomère est le tissu contractile du muscle.

– Sur le tissu aponévrotique. Le travail excentrique vient augmenter la résistance à l’étirement de ce tissu.

– Sur la jonction myoaponévrotique. Cette jonction correspond aux protéines de liaison. Elles sont produites en quantité plus importante et de meilleure qualité, ce qui rend la jonction myoaponévrotique plus forte. Dû à ces trois actions, le travail excentrique peut provoquer l’apparition de douleurs musculaires d’apparition retardée. Elles sont présentes lorsque le travail excentrique est trop fort ou fait de manière trop prolongée. Les douleurs musculaires sont maximales au bout de 48h. La symptomatologie est décrite par une raideur des douleurs et une diminution de la force. Elles disparaissent spontanément après une semaine.

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