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PRÊT À SURVIVRE QUELLES QUE SOIENT LES CONDITIONS !

7 février 2013

À 45 ans, Simone Moro a déjà gravi plusieurs montagnes de plus de 8 000 mètres dont quatre fois l’Everest. Spécialiste des ascensions hivernales sans l’aide d’oxygène supplémentaire, il se défi nit plus comme un explorateur que comme un alpiniste. Présent sur Paris pour « The North Face® Speaker Series », il s’est livré à SantéSportMagazine.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE

 SantéSportMagazine 21- Simone Moro - Crédit Simone Moro Archive

Ancien alpiniste traditionnel en équipe nationale, Simone Moro a gravi le monde de l’alpinisme avec sa propre méthode, ses règles, notamment celle d’absence d’oxygène supplémentaire, et son style. Domicilié en Italie, ses voisins ne doivent pas le voir souvent puisque, en vingt ans, cet explorateur a réalisé 47 expéditions sur l’ensemble des continents.

Que ressentez-vous lorsque vous vous retrouvez tout en haut d’un pic ?

Je sens que je vis mon rêve ! Enfant, lorsque qu’on me demandait ce que je voudrais faire adulte, je répondais tout le temps que je voulais être un explorateur ou un alpiniste. Donc maintenant, je vis la réponse que je donnais lorsque j’étais enfant. Je vis mon rêve ! Ce n’est pas pour autant facile tous les jours. Même s’il est plus facile de faire des efforts lorsque l’on réalise un rêve. Lorsqu’on aime, on ne compte pas les efforts fournis.

L’alpinisme est-il un sport physique ?

Cela est une bonne question ! Je commence à entendre dire que l’alpinisme est un sport. Avant, ce n’était pas le cas. Il n’existe pas de compétitions. L’alpinisme n’est pas olympique. Nous (alpinistes) n’avons pas de fédération. L’alpinisme n’entre donc pas dans les codes des sports classiques. Mais, on peut toutefois dire qu’il s’agit d’une activité physique ! À l’image des autres athlètes, l’alpiniste se doit d’être en bonne santé et bien entraîné. Tout dépend maintenant de ce que tu escalades et où ! Les grimpeurs sont un peu comme les gymnastes. Les alpinistes sont plus proches des marathoniens. Les « alpinistes d’hiver » ont, quant-à-eux, besoin d’être à la fois gymnastes, marathoniens et explorateurs. Ils sont comme des animaux : résistants quelles que soient les conditions, prêts à survivre sans nourriture et vraiment fatigués. Il est donc très important de beaucoup travailler.

Où vous entraînez-vous ?

Généralement, je cours entre 100 et 140 km par semaine selon la saison et le lieu où je me trouve. Je travaille aussi en faisant de l’escalade sur rocher, sur glace ou les deux. Je possède un mur d’escalade chez moi, dans ma maison. Je peux donc centrer mon entraînement. Habituellement, je pars courir 2h. Je prends ensuite une douche. Puis, je me mets à l’escalade. Enfin, j’attaque mon second travail : sponsors, médias, film, préparation des expéditions… Je suis aussi mari et père. Je ne vis pas comme un moine ou comme un hippie qui s’échappe d’une vie « normale ». C’est important ! Les personnes ne doivent pas penser que l’alpiniste est un fou qui n’a pas de vie personnelle ou le sens des responsabilités. Nous savons que notre travail comprend une part de danger. Il faut alors savoir s’arrêter lorsqu’on est trop fatigué, lorsqu’il fait trop froid, si le danger est trop important, et cela même lorsqu’on est proche du sommet.

Pratiquez-vous la musculation ?

Pas vraiment. Avant, oui ! Lorsque je faisais de l’escalade, je travaillais plus ma musculation. J’ai une licence universitaire de sport donc, en théorie, je peux être coach de football, de vélo, etc. Je suis aussi mon propre entraîneur. J’ai donc appris que, si je travaille trop en musculation, je serai plus fort mais aussi plus lourd. Or, 1 kilo en plus n’a pas de sens uniquement sur la balance mais aussi sur chaque pas que l’on fera. Pour gravir l’Everest, je fais entre 10 000 et 20 000 pas. Il faut donc ne pas avoir plus de poids que ce dont on a besoin. Le poids peut faire la différence entre la réussite de l’expédition ou pas ! Pour avoir de gros muscles, on a besoin de plus de sang. Ensuite, pour que la machine fonctionne, vous avez besoin de plus de sucre et plus de nourriture. Sur une expédition, il faut savoir se priver de nourriture et de boisson sur de longues périodes. On doit donc fonctionner comme une Ferrari mais avec très peu d’essence. Le compromis entre « être costaud » et « être léger » est une question essentielle.

Aujourd’hui, vous faites donc très attention à votre alimentation.

Généralement, j’essaie de séparer le type de nourriture que je mange. Par exemple, je mange les glucides et vitamines le midi, et les protéines le soir. J’essaie d’être régulier car il est impossible de respecter cette hygiène de vie tous les jours. Il faut aussi savoir que, lorsque l’on s’entraîne beaucoup, on brûle tout. Le problème que j’ai en ce moment est d’être en surpoids. Je suis très sévère avec moi-même. Je fais constamment attention à mon poids. J’ai cette mentalité étrange que certains sportifs ont, où chaque gramme est important. J’ai cette approche de la nourriture. Ce soir, par exemple, pour célébrer The North Face® Speaker Series et mon film, je vais manger et boire davantage pour profiter de l’événement. Demain, j’ajouterai donc des kilomètres à mon entraînement. Qu’il pleuve ou pas, je serai dehors pour courir 20 ou 25 kilomètres. Pour moi, il est important d’être sévère avec soi-même.

SantéSportMagazine 21- Simone Moro - Crédit Cory richards

N’avez-vous jamais de périodes de pause ou de récupération ?

Généralement non ! Les pauses se font seulement si je change d’entraînement. Certains jours, je fais 30 kilomètres et 1 heure d’escalade, le lendemain, je cours moins de kilomètres mais je fais plus d’escalade ou d’étirements. J’essaie d’organiser mon entraînement, de changer le volume ou la nature de l’entraînement mais je ne m’arrête pas. Aussi parce que j’aime ça ! En 20 ans, j’ai réalisé 47 expéditions. La première en 1992. Une expédition dure entre 2 et 3 mois. Donc, si on fait le calcul, j’ai passé 10 ans de mes 20 dernières années en expédition.

Vous est-il encore possible, malgré votre expérience, d’avoir le mal des montagnes ?

Oui ! J’ai fait face à ce mal lors de ma 1ère expédition. Dans ce cas, j’arrête et je rentre au camp ou même à la maison. Pour éviter que cela n’arrive, il ne faut pas se précipiter, surtout les 20 premiers jours de l’expédition. Le corps a besoin, en théorie, de 21 jours pour augmenter son nombre de globules rouges. J’évite donc de trop tirer sur la machine lorsqu’elle n’est pas prête. Lors d’une expédition, les 20 premiers jours, j’essaie d’aller aussi lentement que possible. Il faut s’acclimater. Après cette période, c’est bon, je peux accélérer. Les médicaments ou autres produits miracles sont des âneries. Il faut respecter la nature et prendre le temps d’adapter son corps.

Vous êtes-vous déjà blessé durant une expédition ?

Non. J’ai eu des moments où j’étais au bord de la rupture. Je me souviens du jour de noël 1997. Mes deux compagnons et moi avions été pris dans une avalanche. Eux sont morts. J’étais donc tout seul et je devais survivre dans le froid de l’Himalaya. Les jours ont paru très longs. Je me suis retrouvé « à la limite », au bord de la rupture. J’ai aussi été malade en 1992 lors de ma 1ère ascension de l’Everest parce que je n’étais pas acclimaté. Mais des blessures, je n’en ai jamais eu !

Vous êtes aujourd’hui un athlète du team The North Face®. Que vous apporte ce team ?

Je travaille avec The North Face® car je suis sensible à l’authenticité des produits de cette marque, ainsi qu’à ses messages et sa philosophie. Je suis le plus vieil athlète de l’équipe européenne. En quelque sorte, le capitaine. Le travail de développement de nouveaux produits est vraiment excitant. The North Face® est aussi une des seules marques qui présente énormément de produits mais qui n’a jamais changé son niveau et sa qualité. Par exemple, ils ne m’ont jamais donné de prototype ou de produits exclusifs pour mes expéditions. J’utilise les mêmes produits que ceux vendus en magasin.

Crédits photo : Simone Moro Archives – Cory Richards

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