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TONY ESTANGUET, L’ÉQUILIBRE CORPOREL

7 février 2013

Malgré sa médiatisation lors des Jeux Olympiques et les nombreux titres français, le canoë reste un sport méconnu. SantéSportMagazine a donc décidé d’en apprendre un peu plus sur cette discipline et ses contraintes. Pour nous en parler, qui de mieux placé que le plus grand céiste de l’Histoire, Tony ESTANGUET.

Propos recueillis par Gaétan LEFÈVRE

 SanteSportMagazine 21 - Tony Estanguet - credit Philippe Millereau

Triple champion olympique de canoë en 2000, 2004 et 2012, Tony ESTANGUET est une légende dans son sport et dans l’histoire des jeux Olympiques français. Le céiste connaît parfaitement l’exigence physique du haut niveau et les contraintes qu’il implique. Il a toujours travaillé dur pour être le meilleur, même après son échec aux Jeux de 2008. Aujourd’hui retraité, il restera l’idole de nombreuses générations.

Pouvez-vous nous présenter les contraintes physiques exigées par le canoë ?

Contrairement aux idées reçues, les bras ne sont pas les seuls membres du corps qui travaillent au canoë. Le bassin, région entre les membres supérieurs qui génèrent de la force avec la pagaie et les membres inférieurs qui eux gèrent l’équilibre du bateau, transmet les forces à l’embarcation. Le centre du corps est donc une zone de cisaillement importante. Je travaille beaucoup le gainage, les abdominaux, les lombaires, etc. C’est un équilibre à trouver ! Le mal de dos est assez courant dans mon sport. Il m’est arrivé d’avoir des lombalgies dans des périodes où j’ai mal géré ma récupération et/ou lorsque je me suis mal étiré. Le problème vient souvent des membres inférieurs qui sont trop tendus. On a tendance à trop se concentrer sur le haut du corps pour le renforcement et la récupération, alors que, moi, j’ai eu des soucis qui ont été générés par les membres inférieurs.

La position sur les genoux dans le canoë ne paraît pas naturelle.  Est-ce une contrainte physique supplémentaire ?

Avec l’habitude, la position devient assez naturelle. On a aussi des installations qui sont confortables. Les sièges nous prennent des orteils jusqu’au bassin. Ils sont moulés sur mesure, à la taille de mes jambes.

Vous parliez de vos douleurs dans le bas du dos provoquées par ce vous êtes le plus confronté ?

Je n’ai jamais eu de grosses blessures. J’ai eu une élongation sur un grand pectoral, une fois. De temps en temps, certains pratiquants de canoë ont des petits soucis d’épaules. Mais, il n’y a pas de grosses blessures. Il s’agit d’un sport aquatique. Il n’y a pas de choc frontal ce qui, je pense, diminue le risque de blessure. Ensuite, il s’agit de trouver l’équilibre corporel : développer le haut du corps mais en gardant une attention permanente aux membres inférieurs.

Comment vous préparez-vous justement pour trouver cet équilibre ?

Ma préparation physique a évolué tout au long de ma carrière. Dans un premier temps, il y avait un équilibre entre l’entraînement en canoë, le travail en salle de musculation et des activités d’endurance type footing, natation, vélo. Puis progressivement, plus j’avançais dans ma carrière, plus je me recentrais sur l’activité spécifique, c’est-à-dire le canoë. Petit à petit, j’essayais de faire ma préparation physique à travers des séances spécifiques en canoë… parce que c’est ce que je préfère. Ainsi, j’ai l’impression de joindre l’utile à l’agréable. Je ne veux pas devenir champion du monde de développé couché. Tout ce que je fais dans la préparation physique doit me faire aller plus vite dans un canoë. J’ai donc augmenté la part d’entraînement spécifique. Sinon, j’ai aussi travaillé sur une nouvelle méthode basée sur des élastiques. Elle me permet de générer des tensions, des charges poids de corps et aussi l’amplitude et la souplesse en même temps que le travail physique. Souvent, ce qui est nocif dans la préparation physique type musculation est de raccourcir les fibres musculaires et donc de perdre de l’amplitude. Alors que le travail avec élastiques permet d’aller chercher des grandes amplitudes. Mon entraîneur s’est formé à cette méthode et j’ai adhéré.

Le canoë est-il un sport praticable toute l’année ?

Oui ! J’habite dans le Sud-Ouest, région qui a un climat assez tempéré. Je peux donc m’entraîner toute l’année même si c’est plus marrant l’été lorsqu’il fait 30°C avec une eau à 15°C que l’hiver. Mais je m’entraîne toute l’année.

Pratiquez-vous d’autres sports ?

J’ai eu une éducation sportive où j’ai touché un peu à tout. Je continue donc d’essayer et de pratiquer un peu toutes les activités : le ski l’hiver, etc.

Cette pratique s’intègre-t-elle à la préparation ?

Oui. J’ai 2-3 séances par semaine qui sont dédiées à d’autres activités. Je fais un peu de ski de fond l’hiver car je suis proche des stations, mais aussi du V.T.T., de la course à pied et de la natation dans le cadre de l’entraînement. Varier les activités permet d’avoir une fraîcheur mentale. J’ai, toutefois, eu tendance, au cours de ma carrière, à augmenter la part de canoë et à réduire le reste. Le public pourrait croire que plus les sportifs avancent dans le temps et plus ils en ont assez de leur sport et donc tendance à réduire la pratique, moi je reste passionné et j’aime toujours autant m’entraîner en canoë.

Aujourd’hui vous parlez de votre expérience à la Chaîne thermale du soleil. La rééducation était –elle un aspect que vous preniez en compte ?

Oui, la rééducation et la prévention ! Avec l’équipe médicale qui m’a accompagné, nous avons souvent travaillé sur la prévention et principalement sur la respiration. Essayer, même quand tout va bien, de s’astreindre à des exercices de respiration profonde, qui permettent d’évacuer un certain nombre de tensions qui peuvent s’accumuler dans le thorax et dans les muscles autour du diaphragme. J’avais donc un protocole à suivre avant les Jeux de Londres, et même lorsque tout allait bien. Je faisais aussi beaucoup d’assouplissements. Je pense que, grâce à cela, j’ai eu moins de problèmes de santé et de tensions. En période de grosse fatigue, je prenais dix minutes ou un quart d’heure, chaque jour pour souffler, faire le point de la journée et m’étirer un peu. Cela m’a aidé à me sentir bien et a aider mon corps à trouver son équilibre.

Les séjours thermaux peuvent-ils rentrer dans cette préparation ?

J’ai découvert le thermalisme cette année. Je ne connaissais pas. J’ai retrouvé de nombreux éléments que j’essayais de mettre en place pendant ma carrière, c’est-à-dire, un équilibre entre la pratique sportive, les soins de récupération, un peu de prévention et l’hygiène de vie, une alimentation saine. L’athlète n’est pas là pour soigner un genou ou un mal mais pour essayer de prendre un peu de recul avec, bien sûr, des soins particuliers mais aussi une globalité de l’approche, que je trouve pertinente.

Crédit photo : Philippe Millereau

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